RÉPONSE  À P. ROBERT-DIARD, auteur de l’article : « À CHAQUE DRAME UNE QUÊTE PLUS GRANDE DE RÉPARATION » (Le Monde 15 nov 2016)

Votre article paru dans le Monde du 15 novembre 2016 justifie parfaitement ce titre sous une forme apparemment objective et rationnelle.

Or, derrière cette pondération formelle on ne peut que relever des contradictions de fond et des opinions contestables.

Tout d’abord n’êtes vous pas en pleine contradiction lorsque :

- vous reconnaissez comme indéniable « la douleur accrue de ces heures d’attentes vécues (…) par les proches de ceux qui ce soir là étaient au BATACLAN (…) », et comme « juridiquement imparable » le raisonnement des auteurs du livre blanc à ce sujet.

- mais que parallèlement vous mettez sur le compte de « l’émotion » suscitée par les événements, les demandes d’indemnisations complémentaires que ces auteurs proposent.

C’est précisément pour analyser les éléments objectifs de ce dommage particulier et le sortir de la seule appréciation indistincte d’une émotion collective, que ce groupe d’avocats a consacré plusieurs mois à cette étude.

Vous le reconnaissez du reste à nouveau puisque vous soulignez que « les auteurs du rapport » ont « encadré » et « limité » ces demandes de réparation en les bornant entre 16 critères d’évaluation.

Comment pouvez-vous alors distiller cette crainte de la « porte ouverte au toujours plus (…) et aux demandes infinies de réparation », reprenant à votre compte cette antienne entendue depuis des dizaines d’années et qui parle de réparations « vertigineuses » sans jamais évoquer l’immensité des dommages subis.

C’est le dommage qui est infini, vertigineux et sa réparation peine à le rattraper.

Vos réserves critiques semblent dictées par une profonde culture judéo-chrétienne que vous affichez in fine lorsque vous évoquez : « cette part substantielle de notre condition humaine qui est la solitude devant le malheur et l’indispensable capacité individuelle à affronter et à se relever », de même que « la nécessaire protection des émotions personnelles » dont l’indemnisation, selon vous, constituerait une effraction condamnable.

Mais pour être consubstantielle à notre condition humaine, la solitude devant le malheur ne doit-elle, ne peut-elle jamais être secourue ?

Ses multiples expressions : douleurs physiques, morales, souffrances sociales, exclusions etc… Seront-elles ignorées, laissées à la seule charge de leurs victimes ?

Alors, pourquoi la médecine, pourquoi les services sociaux, pourquoi les aides humanitaires, pourquoi la générosité et le dévouement de chacun pour l’autre ?

Faut-il seulement accepter la fatalité … La volonté divine si vous le préférez ?

Le 15 novembre 2016

Aline BOYER

Avocat Honoraire

Cabinet A’CORP.